Les jardins de Calude

31 janvier 2012

version audio de Palindrome

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PALINDROME

palindrome

 

Du tout dernier soupir jusques aux premiers cris,
du lit de notre mort au tout premier berceau,
des océans immenses au timide ruisseau
et de l’ultime geste aux premiers soubresauts,
on remonte le temps, on traverse les âges
bien souvent à l’envers, insouciant des barrages
et des nombreux obstacles qui pourraient entraver
notre route, on remonte le temps à travers
les déroutes et les contrecourants, au dévers
des collines, des vallons et des torrents fougueux,
on se souvient du temps où l’on était heureux
en oubliant la mort qui ratisse et qui fauche,
cette vie qui se lit en commençant à gauche,
on la prend par la droite, aussi facilement
que pourrait se jouer un simple jeu d’enfants,
un jeu dont on n’oublie jamais vraiment les règles
même si la mécanique quelque peu se dérègle,
jeux de mots, jeux de morts, derniers balbutiements,
derniers apprentissages, derniers enfantements
où l’on revient souvent à ses abécédaires,
b.a.ba de sa vie, primes vocabulaires,
un monde découpé en syllabes et en sons,
celui dont on saura plus tard le sens profond.


Tout remonte vers soi, tout soudain rajeunit,
la fleur au cimetière brusquement a fleuri
les rides se détendent et le regard s’allume,
on quitte ses ubacs et ses cornes de brume
pour rejoindre au pays des anciennes douceurs
les soleils de la vie, les adrets de son cœur,
le bateau est tout prêt de regagner le port,
mais avant d’accoster il reste un homme à bord
qui se souvient de tout et avant que la mer
à son ancre l’amarre et le rende à la terre,
tournant chaque feuillet d’un carnet de voyages
gribouillé de ses joies, noirci de ses naufrages,
il remonte à l’envers le cours de sa vie d’homme
et il relit sa vie comme un grand palindrome
en riant et pleurant mais sans en changer rien
ajoutant juste en bas un seul mot :  le mot  FAIM

 

O CLOCLO !

 

(et la marine va, papa, venir à Malte)



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MA LIBERTE( Régianni)

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30 janvier 2012

L’APOLLON DES PISCINES

naufrage


Qu’il était beau ! Avec ses grands yeux bleus et son teint basané ! Thèrèse, une vieille baroudeuse des croisières se souvient de ce capitaine musclé et bronzé qui n’hésitait pas à payer de sa personne pour faire un plongeon avec les touristes dans la piscine. On l’appelait même l’Apollon des piscines, dit-elle, avec une larmichette au coin de l’œil. Il passait le plus clair de son temps ici avec nous. Au début, j’ai pensé : un commandant qui fait de la bronzette sur les chaises longues et qui drague les minettes au lieu d’être aux commandes de son bateau, c’est curieux ! Ma copine m’a dit : t’en fais pas, il a un second.


Un commandant de bateau qui se baigne, c’est comme un pilote d’avion qui regarderait un film ou taperait la belote avec les passagers ; ou un conducteur de train qui passerait sa nuit sur une couchette. Ou encore un chirurgien qui s’allongerait sur une table d’opération !


Mais Thérèse ne tarit pas d’éloges sur ce bel éphèbe qui a tant marqué sa croisière il y a quelques années ; tenez, regardez, j’ai encore la photo que l’on a prise avec lui. Elle tend la photo où, dans son bel uniforme de gala, il est entouré de Thérèse en longue robe du soir et du mari de Thérèse, moustachu et souriant. C’est sûr qu’un souvenir pareil, ça ne s’oublie pas. Sauf que le beau capitaine est à présent coupable de la pire des lâchetés qui soient : abandonner un navire en laissant mourir les gens. Mais Thérèse insiste, même si elle est au courant de ce qui vient de se passer. Le physique du criminel semble davantage l’intéresser, elle récidive : Il était musclé avec tout ce qu’il faut au bon endroit ( et un pois chiche dans la cervelle ? ), on voit qu’il l’a vraiment marquée. Malheureusement, Thérèse a amplement passé l’âge de se faire draguer et on sent qu’elle le regrette. Malgré l’énormité de son geste, Thérèse absout son beau capitaine et refuse de lui jeter la pierre. Bien sûr, elle a une petite pensée pour ces pauvres gens coincés dans les bas-fonds sans ascenseurs et pour les quelques morts qui n’ont pas eu de chance, mais elle affirme que tous les exercices de sauvetage ont été exécutés lors de sa croisière à elle (bien qu’elle ait refusé de les faire) et qu’il y avait bien un gilet de sauvetage dans chaque cabine.


« On ne pense jamais à la catastrophe » dit Gérard, son mari, qui semble plus affecté. Ils étaient passés au large de la fameuse île, mais beaucoup plus loin ! Cette fois, et pour des raisons obscures (pour faire plaisir à son second qui était originaire de l’île, dit-on), l’accident s’est bien produit. Lorsqu’on écoute le témoignage (authentique) de Thérèse, on comprend mieux, peut-être, l’extraordinaire légèreté et inconscience de ce commandant qui se prenait pour un simple touriste.


Thérèse, toujours aussi marquée par son bel athlète et en brandissant avec fierté la carte pearl  attribuée aux meilleurs croisiéristes, conclut ainsi l’interview : « Je repars demain, et même avec lui ! »


Belle preuve de courage (ou d’amour), non ?

cloclo

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29 janvier 2012

EDUCATION SENTIMENTALE

DEUX POUR LE PRIX D'UNE, QUI DIT MIEUX  ?

 

 

 

 

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UN HOMME HEUREUX (W. Sheller)

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28 janvier 2012

LUCIE de Pascal Obispo par cloclo

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L'amour au naturel

no_paraben

On se demande bien souvent
pourquoi il tient si peu de temps,
pourquoi si vite débarqué
presque aussitôt il disparaît.
Il dure au mieux quelques étés
dit l’adage en sa vérité,
pourtant je peux vous assurer
que moi j’ai su le prolonger.

On m’accuse d’avoir triché,
d’y avoir un peu ajouté
tout ce qui ruine la santé :
Additifs et conservateurs,
la croix de tout consommateur ,
nitrates, sodium ou glycol,
benzoates et bisphénol,
je ne connais rien de tout ça
le mien, il dure  et ça se voit.

J’ai suivi les lois de Appert,
j'ai lu de Pasteur le bréviaire,
pour le conserver plus longtemps,
je l’ai réduit en un instant
en poudre, en grains et en esters
et dans mon cœur je l’ai gardé
juste à point lyophilisé.

Aux colorants j’ai fait la guerre
et l’amour rien qu’à ma manière,
sans l’ajout de produits nocifs,
heureuse, émue sans artifices,
l’amour bio, sans collagène,
sans phtalates, sans parabènes,
sans pommades ni aucun gel
J’aime l’amour au naturel.

J’aime l’amour, celui du jour,
celui qu'on fait durer toujours,
qui ne sent pas le réchauffé
mais seul a su se conserver,
pas celui que l’on met en boîte
mais celui que tous vous convoitent
l’amour sans nul autre piment
que celui des vrais sentiments,
pur et sincère, non frelaté,
avec mention : « si le gardez
bien au frais dans son emballage
résistant à tous les naufrages,
Ne se périmera jamais. »

Claude, 28 janvier 2012

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26 janvier 2012

AVE MARIA

Un très bel ave maria par des petits Chanteurs à la voix magnifique, avant de se coucher, cela aide à dormir...cloclo

 

 

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25 janvier 2012

TABLEAU NOIR

 

tableau_noir

 

Mère poule. Education de couvain. Pas de couvent. Pas de coups vains, mais une enfance protégée qui ne vous permet pas d’affronter la liberté hors du perchoir familial et de l’enclos habituel. Bonheur de vivre parmi les siens, entouré et choyé, dans un havre de paix et de verdure à volonté. Passant sa vie à picorer et à suivre sa mère en tentant d’imiter ses cris. Et puis, hélas, un jour, la joie des basses-cours se transforme en peur, la Grande Peur pour le  petit animal timide que je suis qu’il faut mener à l’abattoir, non pas en le plumant, mais en le parant d’une tenue ridicule qui transforme le petit poussin que j'étais en pingouin :  blouse de coton noir et col amidonné blanc,  en le tirant  contre son gré par le bout de l’aile jusqu’à l’école la plus proche.
 
Piaillements de protestation de ma part et gloussements de reproche du côté de l’ordre, je suis poussé malgré moi vers un nouvel enclos. Sombre et inhospitalier à souhait. Puis dans un grand couloir obscur, et enfin  dans un affreux poulailler sans air et sans lumière. Surgit alors une grosse poule excitée tout de  noir vêtue qui m’arrache à ma mère et me pousse  de force dans une pièce obscure et sans âme où elle prétend m’enfermer.

Mobilier noir, chaises noires, tables noires, murs gris.

J’apprends bientôt que cette affreuse cage s’appelle une CLASSE. Et que cette énorme et  horrible chose  que j’aperçois là-bas,  tout au fond, s’appelle un TABLEAU.

Calcul mental, pour attardé du même nom, ardoise miniature, tourbillon des chiffres, idées noires et erreurs grossières, un poussin qui ne sait compter que ses grains, la honte devant la classe, l’horreur d’entendre soudain prononcer son nom devant tout le monde : Hervé Mangin, au tableau ! Ordre machiavélique s’il en est ! Je bafouille, je m’embrouille, j’aligne de mauvais chiffres, je me trompe dans mes  calculs. Tout le monde s’esclaffe. Qui a osé dire un jour : La merveille de l’école, c’est qu’au tableau noir, les erreurs d’addition ne ruinent personne ? Moi, elles ont entraîné ma perte, et bien au-delà de tous les chiffres, la chute vertigineuse et instantanée de ma réputation ! Je fus la risée de l’école pendant bien des années. Ma timidité maladive me faisait bégayer et oublier toutes mes leçons, toutes mes récitations : sur mes cahiers d’écolier, sur mes pupitres…sur mes pupitres…j’écris…j’écris…la suite ne venait jamais. Et pourtant, je la savais !

Oh tableau noir honni et détesté ! Oh exercices insurmontables, Oh lois inextricables, mathématiques, géométriques, chimiques et  physiques auxquelles, confronté à lui,  je ne comprenais rien ; oh complexes d’un physique encore si près de son poulailler ! Si loin du coq  envié de toute la basse-cour, du mâle fier et orgueilleux qui s’ébouriffe et se dresse si fièrement sur ses ergots. Moi, je baisse la tête, je m’écrase, je me ratatine, je me tasse  sur mon siège pour me faire oublier.

Mangin, je ne vous réveille pas ? Au tableau et que ça saute ! Cet ordre hurlé dans mes oreilles,  je l’entends encore aujourd’hui. Le trouillomètre à zéro. Géographie : les contours s’embrument, les frontières se déforment, les cours d’eau s’entremêlent, les rivières se détournent, la Seine enjambe le pont de Grenoble et la mer délimite l’Alsace et l’Allemagne. Fous-rires de la classe. Zéro pointé. Histoire : des rois dans le désordre, des batailles gagnées perdues, d’autres perdues gagnées. Et pourtant, hier, je savais tout par cœur.

Tortures du tableau noir, paniques de l’enfance, années noires de l’école, où tout me paraissait si sévère, si injuste, où tout était prétexte pour vous humilier devant vos camarades, vous asséner quelques bons coups de règle, vous infliger blâmes et punitions, vous faire porter le bonnet d’âne …


Vous aurez de l’encre noire, des tableaux noirs, des tabliers noirs  écrivait naguère Jean Giraudoux.

Et il ajoutait : O noir, beau pays de la jeunesse… A quelques exceptions près, sans doute…

 

cloclo


 

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