silhouette

 

                     

Le monde est trop fuyant, l’univers insolite,
si les nuits sont sans fin, les jours, eux,  vont trop vite
ou tournent sur eux-mêmes ;  je ne sais que penser
de ces formes floutées qu’on ne sait reconnaitre
 mais qui hantent nos vies de leur pesant mal-être :
on aimerait y lire nos amours de jeunesse
nos amitiés passées, ces relents de tendresse
qui nous remuent le cœur et nous aident à tenir,
à diriger nos vies vers   un autre Avenir,
ces souvenirs émus que la nuit effiloche
ou ces peurs si tenaces qui dans la nuit s’accrochent,
vous tiennent à l’écart sans vous donner la clé.
Je resterais des heures à le voir repasser
cet indomptable esprit  qui bien souvent m’attire
et plus souvent m’inquiète, tandis que mes soupirs
au lieu de le chasser, lorsque le soir s’incruste
retiennent son pouvoir et à ma nuit s’ajustent…

 

Il  FAUT, pour mon repos, donner à son visage
un nom, un souvenir ou  un prénom d’usage
si je veux vivre enfin en paix avec moi-même
et oser avouer à quelqu’un que je l’aime.
Il me frôle, il repart, O ma traître mémoire,
soudain il me revient comme une longue histoire,
ce visage estompé, ce profil familier
d’une lointaine  enfance , et que j’ai tant aimé,
embué de mes larmes, taché de mes oublis,
orphelin de ces mots que je n’ai  pas écrits,
et que je n’ai pas dits, par ma timidité,
c’est celui de mon père, trop longtemps écarté.
Pour lui me soit offert  le don en quelque sorte
de raviver enfin  tant de natures mortes 
et de mon cœur ouvrir tardivement  la porte…

 Cloclo, pour Poudreurs, 31/01/2017